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Colletes

Le genre Colletes a son centre de diversité dans les régions tropicales et tempérées. On le retrouve sur presque tous les continents, à l’exception de la zone indoaustrale. Actuellement, on connait environ 330 espèces au niveau mondiale, près de la moitié de celles-ci se trouvant dans la région paléarctique. Sur les 60 espèces présentes en Europe, seules 12 espèces se trouvent encore actuellement en Suisse (historiquement 14 espèces).

Le genre Colletes fait partie de la famille des Colletidae. Avec le genre Hylaeus, ce sont les seuls représentants de cette famille en Suisse. Cette dernière a longtemps été considérée comme étant un groupe basal des abeilles, proche des guêpes. Ceci est dû au fait que ces abeilles ont une langue courte et bifide semblant primitive, rappelant ainsi la langue des guêpes. Aujourd’hui, grâce aux analyses génétiques notamment, on sait que ce caractère est un trait dérivé lié à l’application d’une couche imperméable ressemblant à du cellophane sur les parois des galeries et des cellules à couvain (d’où le nom de « Seidenbiene » en allemand).

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Cellule à couvain du genre Colletes, avec en jaune la réserve de pollen bien visible à travers la membrane protectrice. Photo © Andreas Müller.
Comment les reconnaître ?

Les abeilles du genre Colletes se reconnaissent facilement sur le terrain à 1) leur courte tête très triangulaire aux yeux proéminants, 2) leur abdomen de forme conique, noir et à pilosité presque nulle à l’exception de la marge terminale des tergites qui est recouverte d’une dense bande de poils clairs (sauf pour C. cunicularius, dont la pilosité est plus longue, foncée et moins marquée sur la marge des tergites) et 3) à leur langue très courte et nettement bifide. Plus délicat à observer sur le terrain, la veine extérieure de la 2ème cellule discoidale forme un « S » typique ne se retrouvant que chez les espèces de ce genre. Ce sont des abeilles de taille moyenne (8-12 mm de long), seule C. cunicularius et C. hederae étant nettement plus grande (jusqu’à 14 mm) .

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Les espèces du genre Colletes se reconnaissent à leur tête courte triangulaire et leur abdomen pointu. La marge des tergites est généralement recouverte d'une dense bande de poils clairs. Photo © Dimitri Bénon.

Le genre Colletes est morphologiquement très homogène: il est presque impossible de séparer les différentes espèces sur le terrain, du moins sur la base de la morphologie. En effet, la seule espèce qui sort véritablement du lot est C. cunicularius. Cette dernière a une taille, une pilosité et une phénologie complètement différente des autres espèces. Attention cependant, elle peut facilement être confondue avec Apis mellifera ou certaines grandes espèces du genre Andrena, notamment A. scotica. Malgré tout, plusieurs espèces peuvent potentiellement être identifiées sur le terrain sur la base de leurs préférences florales. Ce type d'identification nécessite cependant une très bonne connaissance des différentes espèces du genre (phénologie, distribution, etc.) et un bon sens de l’observation.

Les femelles et les mâles se ressemblent beaucoup. Cependant, les mâles étant par essence beaucoup plus généralistes puisque ne récoltant pas de pollen, ils ne peuvent être identifiés sur le terrain, à l’exception bien entendu de C. cunicularius. Les plantes autour desquels on peut les observer patrouiller donnent tout de même souvent une bonne indication pour l’identification.

Même à l’aide d’une loupe binoculaire, l'identification des espèces du genre Colletes n'est pas chose facile. La plupart des critères utilisés sont liés à la couleur et à la densité de la pilosité, critères qui varient fortement selon l’âge de l’individu, ainsi qu’au type de ponctuation, critères difficiles à utiliser sans matériel de comparaison. Chez les femelles, les caractères importants sont la ponctuation du clypeus et la structure de sa marge antérieure, la ponctuation du tergite 1, la pilosité de la base du tergite 1 et la carène de l’aire dorsale du propodeum. Chez les mâles, les caractères les plus importants sont le 6ème et 7ème sternites et les genitalias.

Pour l’identification des espèces suisses du genre Colletes, une nouvelle édition de la clé Apidae 2 a été publié en 2014 dans la série Fauna Helvetica. Ce volume comprend aussi les clés et les descriptions d’espèces pour d’autres genres, notamment Hylaeus. Il peut être commandé sur le shop en ligne du Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF).

Cycle de vie et nidification

À l’exception de C. cunicularius, qui est une espèce printanière, les abeilles du genre Colletes sont des espèces tardives. Elles émergent rarement avant le mois de juin et volent jusqu’à la fin de l’été. Certaines espèces, comme C. succinctus et C. hederae, sont même encore régulièrement observées durant le mois de septembre. Les mâles sortent quelques jours avant les femelles et les attendent le plus souvent autour des sites de nidification. Ils passent souvent la nuit en groupe dans des petites cavités du sol creusées par leur soin. La plupart des espèces passent l'hiver dans leur cellule au stade de puppe, certaines au stade d'adulte.

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Colletes cunicularius est une espèce printanière recouverte d'une pilosité longue relativement dense, ce qui la distingue fortement des autres espèces du genre. Photo © Dimitri Bénon.

Toutes les espèces du genre Colletes sont solitaires. Elles forment le plus souvent des agrégations de taille importante, avec plusieurs centaines de nids sur un même site. Selon les espèces, les femelles nichent soit dans les sols sableux et aérés à faible couvert végétal, soit dans les parois de sols sableux plus compactes (ou grès tendre). La structure du nid et l’orientation des cellules à couvain varient aussi en fonction de l’espèce et du site de nidification. Certains nids se composent ainsi d’une galerie centrale donnant sur plusieurs galeries secondaires au bout desquelles se trouve une unique cellule à couvain. L’angle formé entre les galeries secondaires et la galerie centrale peut fortement varier, tout comme l’orientation des cellules à couvain. Une fois la cellule fermée, la femelle bouche la galerie secondaire avec du sol. Les autres nids sont formés d’une seule galerie, qui parfois se divisent en deux à l’extrémité. Les cellules à couvain sont alors positionnées les unes après les autres le long de la galerie. Les réserves de pollen et de nectar des cellules à couvain sont très humides, presque liquides, de sorte qu’elles ne forment pas un « pain » solide comme chez la plupart des espèces nichant dans le sol. Les œufs sont en conséquence déposés sur le bord de la cellule et non directement sur la réserve de nourriture. Chaque cellule est fermée par une couche soyeuse, ressemblant à du cellophane. Ce revêtement est produit par un mélange de sécrétions provenant de la glande Dufour et des glandes labiales des femelles. Ce mélange est ensuite réparti sur les bords de la galerie et de la cellule à l’aide de leur langue spécialement modifiée à cet effet. Enfin, ce revêtement est enduit de sécrétions produites par les glandes mandibulaires qui ont un effet antibactérien et antifongique. Les larves ne forment pas de cocons.

Les collètes sont parasités par les abeilles du genre Epeolus et par Specodes albilabris.

Préférences florales

Sur les 12 espèces présentes en Suisse, la moitié est strictement oligolectique, l'autre moitié étant plus ou moins largement polylectique. Parmi les espèces spécialistes, C. daviesanus, C. fodiens, C. similis et C. collaris le sont sur Asteraceae, C. sierrensis sur Odontites et C. succinctus sur Ericaceae. Les espèces polylectiques montrent pour la plupart une préférence assez marquée pour 1-2 familles de plantes. Ainsi, C. marginatus privilégie le pollen de Fabaceae et Orobanchaceae, C. floralis le pollen d'Apiaceae, C. cunicularius le pollen de Salicaceae et C. hederae le pollen d'Araliaceae (Hedera helix).

Les femelles transportent le pollen récolté dans la scopa présente sur le tibia des pattes postérieures et dans des touffes de poils présentes sous le fémur des pattes postérieures et sur les côtés du propodeum.

Comportement de reproduction

Les mâles patrouillent autour des sites de nidifications et/ou des plantes-hôtes à la recherche de femelles avec lesquelles s’accoupler. Ils peuvent être observer par centaines zigzagant au ras du sol en attendant les jeunes femelles fraîchement émergées. Certains mâles vont même jusqu’à creuser le sol pour accéder plus rapidement aux femelles. La copulation a le plus souvent lieu sur le site de nidification, à même le sol, ou alors dans la végétation alentour. La copulation dure de 2 à 8 minutes, chaque femelle n’étant fécondée qu’une seule fois.

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