Anthophora
Le genre Anthophora comprend environ 350 espèces au niveau mondial, la plupart étant limitées à la zone holarctique. Certaines espèces sont cependant aussi présentes dans les zones tropicales de l’Asie du Sud-Est, de l’Afrique ou encore de l’Amérique du Sud. 15 espèces ont été signalées de Suisse, dont deux sont éteintes .
La délimitation du genre Anthophora ne fait toujours pas l’objet d’un consensus. En effet, certains auteurs incluent toujours le genre Amegilla au sein du genre Anthophora. Nous suivons ici la révision proposée par Brooks (1988) et considérons les genres Anthophora et Amegilla comme deux genres séparés.
Les espèces du genre Anthophora sont des abeilles trapues à langue longue. Mâles et femelles ont une pilosité majoritairement brunâtre à grisâtre, souvent plus foncée sur le thorax que sur la face et l’abdomen. Ce sont des abeilles au vol rapide, souvent farouches et difficiles à observer sur le terrain.
Comment les reconnaître ?
Le genre Anthophora se compose essentiellement d’abeilles de grande taille (12-15 mm), bien que certaines espèces soient nettement plus petites (8-10 mm). Leur thorax et leur abdomen sont nettement trapus. Ce sont des espèces à langue longue qui possèdent trois cellules cubitales. La séparation sur le terrain des abeilles du genre Anthophora et Amegilla n’est pas évidente, cependant en Suisse elle est généralement possible en tenant compte de la pilosité de l’abdomen : celle-ci est toujours rayée chez le genre Amegilla, noire sur le disque des tergites et formant de larges bandes claires sur la marge alors qu’elle est différente, bien que très variable, chez le genre Anthophora (souvent plus homogène, plusieurs tergites étant généralement recouverts d’une pilosité clair aussi sur le disque, ou marge du tergite sans bande claire). La coloration de la face peut aussi aider à la séparation des deux genres (et parfois aussi des espèces) : elle est toujours en partie blanche chez Amegilla alors qu’elle est généralement entièrement noire ou tachée de jaune chez Anthophora, sauf chez A. bimaculata et A. pubescens, qui ont la face en partie blanche mais appartiennent bien au genre Anthophora. Le critère le plus fiable est la présence de l'arolium entre les deux griffes présentes à l’extrémité des pattes (arolium absent chez Amegilla), mais ce critère est difficile à voir sur le terrain, même avec une petite loupe. Une confusion est aussi possible avec les espèces des genres Eucera et Tetralonia, mais chez ces deux genres la pilosité de l'abdomen est limitée à la base des tergites, la marge étant largement glabre.
L’identification des espèces du genre Anthophora n’est pas facile mais est généralement possible avec l’abeille en main et une bonne connaissance des différentes espèces des genres Amegilla et Anthophora. Les critères diagnostiques des femelles sont la coloration de la face (couleur et forme), la coloration de la pilosité de l’abdomen, de la scopa et parfois du thorax ainsi que la longueur des premiers articles antennaires. Chez les mâles, les critères les plus importants sont la forme du tergite 7, la pilosité des tarses des pattes médianes (présences de franges de poils ou non), la forme des gonostyles ainsi que l’étendue de la coloration claire de la face.
Pour l’identification du genre Anthophora, une clé de détermination est présente dans le livre Apidae 5 publié en 2007 dans la série Fauna Helvetica. Les espèces du genre Amegilla sont incluses dans le genre Anthophora. Ce livre étant en rupture de stock, une [version PDF]PDF peut être téléchargée gratuitement, sur le site du Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF). La révision de Brooks (1988) pour les Anthophorini est aussi une source d'informations importante.
Cycle de vie et nidification
Le genre Anthophora se compose d’abeilles solitaires qui sont actives tout au long de l’année. Certaines espèces sont typiquement printanières, comme par exemple A. plumipes, alors que d’autres sont des abeilles estivales. En Suisse, elles ne forment qu’une seule génération par année, mais plus au sud les espèces précoces produisent régulièrement deux générations au cours de la même saison. Les mâles émergent généralement nettement avant les femelles, parfois jusqu’à 2-3 semaines plus tôt. Les individus de la nouvelle génération passent l’hiver dans leur cellule, au stade de prépupe ou au stade adulte selon l’espèce.
Toutes les espèces du genre Anthophora sont des abeilles fouisseuses, la très grande majorité d’entre elles creusant leur nid dans le sol. Ces espèces préfèrent en général les structures verticales, mais elles peuvent aussi utiliser des sols nus relativement plats lorsqu’ils sont protégés de la pluie. Certaines espèces, comme A. plumipes, sont très généralistes et sont régulièrement observées dans les zones habitées, notamment aux abords de vieilles maisons, de fermes et autres hangars. Parmi toutes ces abeilles terricoles, un petit groupe d’espèces, rassemblées dans le sous-genre Clisodon, montre une biologie de nidification tout à fait particulière : leurs nids sont creusés dans du bois en décomposition et non dans le sol. Des nids artificiels fabriqués à l’aide de tiges à moelle, comme le bambou, semblent aussi convenir. Chez nous, une seule espèce faite partie de ce sous-genre : il s’agit d’A. furcata, une espèce typiquement forestière.
Lorsque les conditions sont réunies, la plupart des espèces peuvent former de grandes agrégations, un même site de nidification pouvant accueillir plusieurs espèces. La structure des nids est assez homogène au sein du genre Anthophora. En général, le nid consiste en une galerie simple ou ramifiée se terminant par un nombre limité de cellules à couvain disposées les unes derrière les autres. Contrairement à la plupart des espèces fouisseuses, les cellules du genre Anthophora ne sont pas uniquement excavées mais souvent aussi construites activement par la femelle : celle-ci mélange alors des sécrétions qu’elle produit elle-même à du sol, des cailloux ou de la sciure pour former une sorte de pâte qui durcit par la suite. Cette pâte est appliquée par la femelle sur les bords de la galerie jusqu’à former une sorte de cupule caractéristique dans laquelle sera déposée la provision de pollen et nectar. Sur la face interne de cette cellule, la femelle dépose une couche cireuse blanchâtre caractéristique du genre Anthophora. Comme cela a pu être observée chez plusieurs espèces, notamment A. plagiata et A. plumipes, la femelle commence en général par remplir la cellule avec le pollen sec, puis avec le nectar. Lors de l’ajout du nectar, elle libère des sécrétions de la glande Dufour donnant à la provision une odeur âcre typique. Une fois la provision complète, un œuf est alors déposé par la femelle : celui-ci flotte au sommet de cette provision d'aspect liquide. Enfin, la cellule est fermée à l’aide d’un bouchon qui servira de fond pour la prochaine cellule. Une fois le nid terminé, il est en partie refermé avec du sol, ou de la sciure de bois chez A. furcata. Une femelle construit en général plusieurs nids au cours de sa vie. Les galeries sont souvent réutilisées d’une année à l’autre.
Les espèces du genre Anthophora sont des hôtes réguliers des abeilles-coucous des genres Thyreus, Melecta et Coelioxys. A. bimaculata est l’unique hôte connu de la très rare Ammobates punctatus. La guêpe parasite Sapyga clavicornis ainsi que certaines espèces de coléoptères (Meloidae) sont aussi des parasites réguliers des nids d’Anthophora.
Préférences florales
La grande majorité des espèces du genre Anthophora sont des généralistes. Cependant, comme ce sont des abeilles à langue longue, la plupart montrent une préférence pour les fleurs à corolle profonde, comme les Fabaceae, les Lamiaceae ou encore les Boraginaceae. Seules deux espèces sont considérées comme oligolectiques : il s’agit d’A. furcata, qui est spécialisée sur la famille des Lamiaceae, et A. balneorum, qui est spécialisée sur le genre Echium (Boraginaceae).
Les abeilles du genre Anthophora sont actives déjà tôt le matin et jusqu’à tard le soir, lorsque que la plupart des autres espèces d’abeilles sauvages sont dans leur nid. L’activité journalière d’A. plumipes a été étudiée en détail par Stone (1994). La journée commence toujours par quelques longs vols de récolte de nectar. Ensuite, la femelle commence à récolter aussi du pollen. En milieu de journée, l’activité des femelles diminue fortement, celles-ci restant souvent pendant une longue période dans leur nid. La journée se termine enfin par plusieurs vols très courts à nectar. Une femelle est capable de transporter jusqu’à 50% de son poids en pollen et nectar.
Comportement de reproduction
Les mâles du genre Anthophora sont connus pour patrouiller le long de circuits marqués par des phéromones. Ces circuits survolent en général les patchs de ressources florales, mais ils peuvent aussi survoler des haies et des buissons. Le même circuit est survolé pendant plusieurs jours par le même mâle, en général toujours dans le même sens. Le vol du mâle est rapide et saccadé, avec de courtes pauses régulières de vol stationnaire. Lorsqu’un mâle repère une femelle, il se jette sur elle et essaie de l’agripper pour la plaquer au sol et s’accoupler. L’accouplement à souvent lieu au sol ou directement sur les fleurs. Il dure de quelques secondes à quelques minutes.
En région méditerranéennes, les mâles d’Anthophora sont les pollinisateurs principaux de certaines espèces du genre Ophrys (Orchidaceae).
Les mâles passent en général la nuit dans de petites cavités du sol ou accrochés par leur mandibules à des tiges ou des fleurs, seuls ou en groupe.
| Espèce | Nom vernaculaire | Groupe (scientifique) |
|---|---|---|
| Anthophora parietina (Fabricius, 1793) | ||
| Anthophora dispar Lepeletier, 1841 | ||
| Anthophora aestivalis (Panzer, 1801) | ||
| Anthophora balneorum Lepeletier, 1841 | ||
| Anthophora bimaculata (Panzer, 1798) | ||
| Anthophora crassipes Lepeletier, 1841 | ||
| Anthophora crinipes Smith, 1854 | ||
| Anthophora fulvitarsis Brullé, 1832 | ||
| Anthophora furcata (Panzer, 1798) | ||
| Anthophora mucida Gribodo, 1873 | ||
| Anthophora canescens Brullé, 1832 | ||
| Anthophora plagiata (Illiger, 1806) | ||
| Anthophora pubescens (Fabricius, 1781) | ||
| Anthophora quadrimaculata (Panzer, 1798) | ||
| Anthophora retusa (Linnaeus, 1758) | ||
| Anthophora plumipes (Pallas, 1772) |