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Xylocopa

Le genre Xylocopa est un genre important regroupant près de 500 espèces au niveau mondial. Son centre de diversité se trouve dans les régions tropicales et subtropicales. Seules trois espèces sont présentes en Suisse.

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Les abeilles du genre Xylocopa sont des bêtes massives facilement reconnaissables sur le terrain. Photo © Albert Krebs.

Les espèces du genre Xylocopa sont des abeilles caractéristiques, massives et entièrement noires, leur taille se rapprochant de celle des bourdons (Bombus). Ce sont des abeilles à lange longue qui, comme leur nom vernaculaire l’indique (« abeilles charpentières », « Holzbienen » en allemand), nichent majoritairement dans le bois mort. Les femelles sont généralistes et transportent le pollen dans des brosses de poils présentes sur les pattes arrières ainsi que directement dans le jabot.

Comment les reconnaître ?

Le genre Xylocopa regroupe des abeilles de très grande taille (15-28 mm) qu’il est presque impossible de confondre sur le terrain. Ce sont des abeilles au corps massif, entièrement noir et recouvert d’une pilosité éparse en comparaison avec le genre Bombus. Les ailes sont entièrement fumées et la scopa se trouve sur le tibia et le métatarse des pattes postérieures (et non sous l’abdomen contrairement à Megachile parietina). La séparation des différentes espèces de Suisse est relativement délicate sur le terrain : X. iris se sépare des deux autres espèces par sa taille nettement plus petite et son abdomen à fort reflets bleu métallisé ; les femelles de X. valga et X. violacea ne sont différenciables sans loupe binoculaire, alors que les mâles se séparent sur la base de la coloration des articles antennaires 11 et 12 (noirs chez X. valga, jaunes chez X. violacea ). Les critères diagnostiques des femelles sont la coloration de l’abdomen, la structure de la face externe et de l’apex du tibia 3 (nombre et disposition des épines), la forme de la plaque pygidiale ainsi que la ponctuation du front. Chez les mâles, les critères les plus importants sont la couleur de l’abdomen, la coloration des derniers articles antennaires, la présence et la forme de la protubérance du métatarse 3 ainsi que la forme du fémur 3.

Pour l’identification du genre Xylocopa, une clé de détermination est présente dans le livre Apidae 5 publié en 2007 dans la série Fauna Helvetica. Ce volume comprend aussi les clés et les descriptions d’espèces pour de nombreux autres genres, notamment Anthophora, Eucera et Ceratina. Ce livre étant en rupture de stock, une version PDF peut être téléchargée gratuitement, sur le site du Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF).

Cycle de vie et nidification

En Europe, les abeilles du genre Xylocopa sont des abeilles solitaires univoltines dont la phénologie rappelle celle d’espèces sociales. En effet, la période de vol de chacune des espèces est très longue (plus ou moins de mars à octobre) et les jeunes adultes des deux sexes hibernent durant l'hiver. Au printemps, les adultes hivernants sortent de leur diapause. Les mâles se réveillent en général avant les femelles, le pic d’abondance des deux sexes étant souvent décalé de 3-4 semaines (souvent en mai pour les mâles et en juin/juillet pour les femelles). Une fois fécondées, les jeunes femelles commencent à construire leur nid. Une fois pondu, un œuf met 6-8 semaines pour se développer en adulte mature. La larve ne produit pas de cocon. En fin d’été, la nouvelle génération est prête à émerger. Les jeunes individus quittent alors en général leur nid maternel pour se nourrir et trouver un site d’hibernation pour passer l’hiver. L’hibernation se passe généralement en groupe dans le nid maternel.

Les abeilles du genre Xylocopa sont des espèces foreuses qui creusent leur nid dans le vieux bois (X. valga et X. violacea ou dans de vieilles tiges de plantes à moelle (X. iris. Chez cette dernière, les nids sont forés dans des tiges de grands diamètres (environ 15 mm). Les plantes les plus utilisées appartiennent aux familles des Asteraceae et Apiaceae. Le nid est construit dans la partie inférieure de la tige, la partie supérieure étant coupée par la femelle de sorte que la tige dépasse rarement 60 cm de haut. Le nid est creusé de bas en haut, la première cellule à couvain étant séparée de l’extrémité coupée de la tige par un épais bouchon de moelle végétale. Un nid contient 5-7 cellules à couvain, les parois séparant chacune des cellules étant composées de moelle végétale mélangée à des sécrétions produites par la femelle. Chez X. valga et X. violacea, les nids sont creusés dans du vieux bois relativement dur, bien que généralement un peu moisi de sorte à faciliter le forage. Selon le type de structures utilisé, les nids se composent d’une unique galerie linéaire (bambou, poteaux en bois de faible diamètre, etc.) ou d’une série de courtes galeries linéaires placées les unes sous les autres dans un même plan (essentiellement vieux arbres ou anciennes charpentes). Dans les nids ramifiés, les galeries sont creusées au fur et à mesure : une fois que la première galerie est remplie de cellules à couvain, une seconde galerie est creusée et ainsi de suite. Les parois séparant les cellules à couvain sont composées de sciure de bois mélangée à des sécrétions produites par la femelle. Les plus grands nids peuvent contenir jusqu’à plus de 20 cellules.

Chez nos trois espèces indigènes, la femelle-mère est généralement encore vivante et présente dans le nid au moment de l’émergence de la nouvelle génération. Il semble que durant cette période aucun soin particulier ne soit prodigué aux jeunes adultes, cependant la question reste encore en partie ouverte : en effet, il se pourrait que dans certaines circonstances la femelle-mère aide sa progéniture à se nourrir pour lui garantir une meilleure survie durant l’hiver. Ce comportement se rapprocherait alors de certains comportements de soin au couvain observés chez certaines Xylocopa sociales non-européennes.

Aucune abeille-coucou ne parasite les espèces suisses du genre Ceratina. Par contre, plusieurs parasites, notamment des mouches (Bombyllidae) et des guêpes apocrites (Eurytomidae), ont été retrouvés dans des nids de Xylocopa violacea.

Préférences florales

Toutes les espèces indigènes du genre Xylocopa sont largement polylectiques. Cependant, elles semblent toutes montrer une nette préférence pour le pollen de Fabaceae et Lamiaceae. Selon les espèces, plusieurs autres pollens semblent aussi être régulièrement utilisés, dont celui d’Asteraceae, d’Apiaceae et de Rosaceae.

Pour le transport, le pollen est généralement placé dans la scopa des pattes postérieures, mais une partie est aussi souvent ingurgité et stocké dans le jabot. Plusieurs espèces sont connues pour être des voleuses de nectar : une incision est faite à l’aide des fortes mandibules à la base des fleurs à longue corolle pour faciliter l’accès au nectar. Ce comportement reste cependant relativement peu répandu au niveau européen.

Comportement de reproduction

La reproduction du genre Xylocopa se déroule au printemps, lorsque que les jeunes adultes hivernants se réveillent de leur diapause. L’accouplement a généralement lieu autour des patchs de fleur sur lesquelles les femelles vont butiner. Plus rarement, ils peuvent aussi avoir lieu vers les sites de nidifications. Les mâles patrouillent le long de circuits à la recherche des femelles : lorsqu’ils en voient une, ils lui plongent dessus et l’agrippent en vol avant de se poser sur un reposoir pour l’accouplement. Certains mâles démontrent un comportement territorial : ils choisissent alors un perchoir et foncent sur tout ce qui passe dans leur champ de vision. Mâles et femelles semblent avoir des préférences marquées dans le choix de leurs partenaires, bien que celles-ci ne soient pas encore bien comprises : en effet, les mâles ne tentent pas de s’accoupler avec toutes les femelles qu’ils croisent et les femelles résistent seulement à certains assauts. Mâles et femelles s’accouplent à plusieurs reprises. Les mâles de X. valga et X. violacea possèdent des glandes thoraciques débouchant entre le post-scutellum et le propodeum : il est probable qu’elles jouent un rôle pour la reproduction de ces espèces mais leur fonction exacte n’est toujours pas connue. Chez des espèces sociales non-européennes, ces glandes sont grandes alors qu’elles ne sont que peu développées chez nos deux espèces indigènes solitaires : il est donc aussi possible qu’elles aient plutôt un lien avec la socialité.

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