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Melitta

Avec 43 espèces au niveau mondiale, le genre Melitta est l’un des genres les plus diversifiés de la famille des Melittidae. C’est un genre largement distribué (régions paléarctiques et néarctiques, sud et est de l’Afrique) qui a son centre de diversité en zone paléarctique. Cinq espèces sont présentes en Suisse.

Les espèces du genre Melitta sont des abeilles à lange courte, relativement discrètes, dont la pilosité de l’abdomen est souvent limitée, du moins chez les femelles, à de fines bandes recouvrant la marge des tergites. Toutes les espèces de Suisse sont oligolectiques, la plupart d’entre elles récoltant le pollen d’un seul genre.

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Au premier coup d'oeil, il est difficile de séparer le genre Melitta du genre Andrena. Ici, une femelle de Melitta nigricans récoltant sur sa plante-hôte principale Lythrum salicaria. Photo © Albert Krebs.

Comment les reconnaître ?

Le genre Melitta regroupe des abeilles de taille moyenne à grande (10-14 mm) dont le corps est relativement trapu et recouvert d’une pilosité dense sur le mesonotum et la marge des tergites. Chez les individus des deux sexes, l’article du tarse portant les griffes est nettement élargi en massue. Ce critère est diagnostique pour le genre et est en général visible à l’œil nu, avec l’abeille en main, ou sur photo. Ce sont des abeilles à trois cellules cubitales, la première étant la plus grande et la seconde la plus petite. Leur morphologie générale peut faire penser à certaines espèces du genre Halictus (surtout H. simplex agg.) et Andrena (notamment A. flavipes, cependant de nombreux caractères morphologiques (par exemple absence de sillon longitudinale sur le tergite 5, absence de fovea chez les femelles, dernier article du tarse nettement élargi en massue) et biologiques (voir ci-dessous les Préférences florales) permettent avec un peu d’expérience de reconnaître le genre Melitta, y compris sur le terrain.

Les femelles sont caractérisées par leur tête assez carrée, leurs antennes tronquées à l’extrémité, leur mesonotum recouvert d’une pilosité dense et courte ainsi qu’aux bandes de poils clairs qui recouvrent en général la marge des tergites. La frange terminale du tergite 5 est aussi normalement bien marquée. Les mâles ressemblent globalement beaucoup aux femelles, certaines espèces ayant cependant une pilosité plus longue et dense sur l’abdomen. Ils ont aussi des antennes tronquées à leur extrémité, la plupart des espèces ayant des articles antennaires élargis au centre ou à leur extrémité. En général, il est possible d’identifier toutes les espèces du genre Melitta sur le terrain, en tenant compte de leur morphologie et de leurs préférences florales.

Pour l’identification du genre Melitta, une clé de détermination est présente dans le livre Apidae 5 publié en 2007 dans la série Fauna Helvetica. Ce volume comprend aussi les clés et les descriptions d’espèces pour de nombreux autres genres, notamment Anthophora, Eucera et Nomada. Ce livre étant en rupture de stock, une version PDF peut être téléchargée gratuitement, sur le site du Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF).

Cycle de vie et nidification

Les abeilles du genre Melitta sont des abeilles solitaires volant à la fin du printemps ou/et en été. Les mâles émergent 1-2 semaines avant les femelles. Les larves forment un cocon composé de deux couches. Contrairement à la plupart des autres genres, les larves de Melitta se vident de leurs excréments après avoir tissé leur cocon. Les individus passent l’hiver au stade de pré-pupe.

On connait peut la biologie de nidification du genre Melitta. Ce sont des espèces excavatrices nichant plutôt dans les sols à végétations clairsemées. L’entrée des nids se trouvent souvent à la base de touffes d’herbes et est entourée d’un petit tumulus. Le nid de M. leporina a été décrit en détail par Celary (2006). Le nid consiste en une galerie verticale plus ou moins sinueuse s’enfonçant de 20 à 40 cm dans le sol. Les cellules à couvain sont placées individuellement au bout de courtes galeries latérales horizontales. Les cellules sont de forme arrondie et positionnées légèrement de biais. Leur paroi interne est lisse et recouverte d’une couche protectrice provenant très probablement de sécrétions de la glande Dufour. Le pain de pollen est formé juste avant de pondre l’œuf. La cellule est ensuite fermée par un bouchon de terre en forme de spirale. Un nid peut contenir jusqu’à 15 cellules.

La plupart des espèces du genre Melitta sont parasitées par l’abeille-coucou Nomada flavopicta. Melitta haemorrhoidalis est aussi l’hôte principal de N. emarginata.

Préférences florales

Toutes les espèces du genre Melitta sont oligolectiques. Quatre espèces sont strictement spécialisées sur un seul genre : M. dimidiata sur Onobrychis (Fabaceae), M. haemorrhoidalis sur Campanula (Campanulaceae), M. nigricans sur Lythrum (Lythraceae) et M. tricincta sur Odontites (Orobanchaceae). M. leporina est spécialisée quant à elle sur la famille des Fabaceae, son pollen de prédilection étant celui de Medicago sativa.

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En Suisse, toutes les espèces du genre Melitta sont oligolectiques, ce qui aide fortement à l'identification sur le terrain. Ici, une femelle de M. haemorrhoidalis, spécialisée sur le genre Campanula. Photo © Albert Krebs.

Les femelles récoltent pollen et nectar en simultané, le pollen étant directement mélangé au nectar lors des vols de récolte. La sorte de pate qui en résulte est alors transporté dans la scopa des pattes postérieures. Les espèces du genre Melitta semblent avoir une zone de récolte relativement petite, les individus s’éloignant rarement à plus de 100 m de leur nid. Chez M. leporina, il faut en moyenne 15 vols de récolte pour approvisionner une cellule à couvain, ce qui peut être fait en une seule journée lorsque les conditions sont bonnes.

Comportement de reproduction

Les mâles patrouillent intensivement autour des plantes-hôtes à la recherche de femelles. Ils ont un vol très rapide et ne se posent que pour s’accoupler ou se nourrir de nectar. Les femelles sont très certainement monogames, les vieilles femelles étant très peu attractives pour les mâles. Ces-derniers passent en général la nuit en groupe d’une dizaine d’individus, sur des inflorescences fraiches ou déjà séchées. Ils semblent utiliser le même dortoir plusieurs soirs à la suite.

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Dortoir à mâle de Melitta leporina. Photo © Albert Krebs.
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