Ceratina
Le genre Ceratina est composé de près de 300 espèces au niveau mondial et est distribué à travers les régions chaudes de tous les continents à l’exception de l’Antarctique. Six espèces sont connues de Suisse.
Les espèces du genre Ceratina sont des abeilles à langue longue dont le corps est majoritairement glabre. La plupart des espèces possèdent une cuticule à reflets bleu-vert métallisé et ont un abdomen nettement aplati. Les femelles transportent le pollen aussi bien dans des brosses de poils présentes sur les pattes arrières que directement dans le jabot, si bien que les brosses sont réduites et peu visibles.
Comment les reconnaître ?
Le genre Ceratina regroupe des abeilles de taille variable, les petites espèces ne dépassant pas 7 mm alors que C. chalcites, la plus grande espèce de Suisse, peut atteindre 13 mm de long. La morphologie générale est toutefois homogène entre les espèces et il est aisé de reconnaître le genre sur le terrain. Le corps est majoritairement glabre et brillant et l’abdomen est nettement aplati ventro-dorsalement. À l’exception de C. cucurbitina, toutes les espèces de Suisse présentent une cuticule à reflets métallisés, dont la teinte tire plutôt sur le bleu ou le vert selon les espèces. Les deux sexes présentent souvent des tâches de couleur ivoire sur le clypeus et les calli (le lobe pronotal, excroissance latérale du prothorax devant la tégula), parfois aussi sur le labrum. Du fait de leur pilosité limitée, mâle et femelle se ressemblent fortement. L'aile antérieure a trois cellules cubitales.
Bien qu’une identification à l’espèce soit en général possible avec l’abeille en main, une identification sûre nécessite souvent l’utilisation d’une loupe binoculaire, surtout pour les femelles de petite taille. Le risque de confusion est surtout élevé au sud du Tessin, la moitié des espèces de Suisse étant uniquement connues de cette région. Les critères diagnostiques des femelles sont la coloration du clypeus et des calli, la taille, la coloration des sternites ainsi que la présence de petites protubérances sur le second sternite. Chez les mâles, les critères les plus importants sont la forme du tergite 7, la couleur du labre et la présence de protubérances sur le sternite 2.
Pour l’identification du genre Ceratina, une clé de détermination est présente dans le livre Apidae 5 publié en 2007 dans la série Fauna Helvetica. Ce livre étant en rupture de stock, une version PDF peut être téléchargée gratuitement sur le site du Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF). Les observations compilées par Carrière (1995) et la révision de Terzo et al. (2007) pour les Xylocopinae de France sont des sources complémentaires d'informations importantes.
Cycle de vie et nidification
Les espèces du genre Ceratina ont un cycle de vie distinct de celui de la plupart des espèces solitaires, mais similaire à celui des espèces du genre Xylocopa, proche parent du genre Ceratina. Les espèces de Ceratina sont univoltines et ont une longue période d'activité s'étendant d'avril à septembre. Les adultes des deux sexes émergent à la fin de l'été, passent l'hiver sous la forme d'adultes, et reprennent leur activité au printemps après la diapause hivernale. A ce moment, les mâles sont actifs en général un peu avant les femelles, le pic d’abondance des deux sexes étant souvent décalé de 3-4 semaines (souvent en mai pour les mâles et en juin/juillet pour les femelles). L'accouplement a lieu au printemps. Une fois fécondées, les jeunes femelles commencent à construire leur nid. Un œuf met 6-8 semaines pour se développer en adulte mature. La larve ne produit pas de cocon. En fin d’été, les jeunes individus quittent en général le nid maternel pour se nourrir et trouver un site d’hibernation. L’hibernation se passe généralement en groupe dans de vieilles tiges à moelle de grande plantes herbacées (par ex. Carduoideae ou Apiaceae) ou d’arbustes (surtout Rubus, Sambucus et Vitis). Les individus se placent alors en file indienne, la tête dans la direction opposée à la sortie. Les sites d'hibernation peuvent être d’anciens nids ou alors des tiges creusées à cette fin.
Les abeilles du genre Ceratina sont des espèces foreuses qui utilisent exclusivement de vieilles tiges ou branches séchées de plantes à moelle. Elles n'utilisent pas les cavités existantes telles que les trous dans le bois mort ou les bambous disposés dans les hôtels à insectes. La plante le plus souvent utilisée est Rubus fruticosus aggr., mais selon les espèces de nombreuses autres plantes (notamment des genres Sambucus, Vitis, Carduus, Daucus, Verbascum et Artemisia) peuvent abriter des nids. Le diamètre des tiges utilisées dépend directement de la taille de l’espèce et de l’épaisseur de la paroi : ainsi, C. cyanea utilise plutôt de fines tiges dont la galerie interne ne dépasse pas 3-4 mm de diamètre alors que C. chalcites utilise des tiges dont la galerie interne peut atteindre 1 cm de large. Les femelles du genre Ceratina utilisent uniquement des tiges ou branches cassées, dont le centre est directement accessible par la femelle. Celle-ci commence alors par extraire la moelle qui remplit la galerie interne de la tige sur une dizaine de centimètres (souvent entre 15 et 30 cm, rarement jusqu’à plus de 80 cm). La femelle commence à construire les cellules à couvain depuis le fond de la galerie. Aucune sécrétion ou autre couche protectrice ne recouvre la paroi interne des cellules. Elles sont remplies avec un pain de pollen allongé et relativement humide qui occupe une grande partie du volume de la cellule. La face supérieure du pain est aplatie, de sorte que la femelle arrive à glisser son abdomen plat entre la paroi et le pain de pollen pour y déposer un œuf.
La cellule est alors fermée par une fine paroi de moelle végétale compactée, généralement large de 2-3 mm. La surface de la paroi qui est dirigée vers l’intérieur du nid est rugueuse alors que celle dirigée vers la sortie du nid est lisse et légèrement concave. Un nid peut contenir d’une à plus de 15 cellules. Ces dernières sont généralement alignées les unes derrière les autres. Cependant, chez certaines espèces, comme par ex. C. chalybea, des cellules vides sont parfois placées entre les cellules. Une fois la dernière cellule construite, la femelle reste souvent dans le nid jusqu’à l’éclosion de sa progéniture. Il semble même que chez la plupart des espèces, c’est elle qui s’occupe de nourrir avec du nectar les jeunes adultes fraîchement éclos avant qu’ils ne partent à la recherche d’un site d’hibernation, ce qui en fait un comportement de soin maternel peu commun chez les abeilles.
En-dehors de l’Europe, plusieurs espèces montrent une organisation sociale primitive, plusieurs femelles parentes joignant leur force pour construire et approvisionner un même nid, avec une séparation des tâches, par exemple chez l'espèce japonnaise C. japonica.
Aucune abeille-coucou ne parasite les espèces suisses du genre Ceratina. Par contre, plusieurs parasites, notamment des coléoptères (Meloidea), peuvent se développer dans leurs nids.
Préférences florales
Toutes les espèces indigènes du genre Ceratina sont vraisemblablement largement polylectiques. Parmi les familles régulièrement utilisées, on retrouve les Rosaceae et notamment Rubus fruticosus agg. sur laquelle les femelles sont souvent observées, les Boraginaceae (essentiellement Echium vulgare), les Asteraceae (notamment les Carduoideae), les Campanulaceae (essentiellement Jasione) ou encore les Lamiaceae et les Caprifoliaceae (Scabiosa). Les femelles du genre Ceratina ont aussi la particularité de récolter sur certaines plantes peu visitées par d'autres abeilles. Ainsi, C. chalybea peut parfois récolter massivement sur Dianthus carthusianorum (Caryophyllaceae), une fleur pollinisée par les papillons diurnes sur laquelle on ne voit pratiquement jamais d’abeilles (Westrich 2018).
Pour le transport, le pollen est soit ingurgité et stocké dans le jabot, soit placé dans la scopa à poil épars qui se trouve sur le tibia des pattes postérieures.
Comportement de reproduction
L'accouplement du genre Ceratina se déroule au printemps, lorsque que les adultes hivernants se réveillent de leur diapause. Chez la plupart des espèces, l’accouplement a lieu directement sur les fleurs, notamment Echium vulgare ou Rubus fruticosus agg. Plusieurs observations mentionnent aussi des accouplements sur les sites de nidifications, les mâles entrant parfois directement dans les nids déjà occupés par une femelle.
Certaines espèces méridionales absentes de Suisse se développent de façon parténogénétique, c'est à dire sans mâle, avec des oeufs non-fécondés qui se développent en individus femelles. Un tel développement se rencontre chez C. dallatorreana ainsi que chez certains populations de C. parvula, toutes deux absentes de Suisse. (Terzo et al. 2007).
| Espèce | Nom vernaculaire | Groupe (scientifique) |
|---|---|---|
| Ceratina cucurbitina (Rossi, 1792) | ||
| Ceratina cyanea (Kirby, 1802) | ||
| Ceratina chalybea Chevrier, 1872 | ||
| Ceratina chalcites Germar, 1839 | ||
| Ceratina nigrolabiata Friese, 1896 | ||
| Ceratina gravidula Gerstäcker, 1869 |