Lasioglossum
Le genre Lasioglossum est un important genre d’abeilles sauvages, comprenant près de 1700 espèces décrites au niveau mondial. Il est très diversifié et largement distribué, se retrouvant sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique. En Suisse, ce genre est représenté par 77 espèces (quatre espèces sont éteintes) réparties en trois sous-genres.
Ce sont des abeilles majoritairement polylectiques et nichant dans le sol. Le genre a été particulièrement étudié pour sa grande diversité de modes de vie, un nombre important d’espèces ayant un comportement social.
Comment les reconnaître ?
Les femelles du genre Lasioglossum sont d'une taille petite à moyenne (4-12 mm) avec un corps plutôt allongé. Le caractère principal permettant de reconnaître le genre est la présence d'un sillon longitudinal sur le tergite 6, un caractère partagé avec le genre Halictus. Ce sillon est glabre et entouré des deux côtés d'une dense frange de poils, et peut être observé sur le terrain. Toutes les abeilles possédant ce caractère appartiennent aux genres Lasioglossum et Halictus. Les femelles de ces deux genres possèdent également une scopa tibiale, trois cellules cubitales et souvent des bandes ou des taches de poils blancs (parfois bruns ou brun-jaune) sur les tergites. La position de ces bandes de poils permet de distinguer les deux genres. Dans le genre Halictus, les bandes de poils sont présentes sur la marge postérieure des tergites, alors que chez les espèces de Lasioglossum, lorsque ces bandes ou taches de poils sont présentes, elles se trouvent sur la base des tergites.
Les mâles du genre Lasiogossum sont plus difficiles à reconnaître sur le terrain. Ils ont l'abdomen allongé, les antennes souvent longues (parfois brun-jaune dessous), et en général des maculations claires sur la face ou sur les pattes. Certaines espèces ont l'abdomen rouge.
La plupart des espèces du genre Lasioglossum se ressemblent beaucoup et sont impossibles à séparer sur le terrain. Il est par contre plus facile de séparer les trois sous-genres ou groupes d'espèces.
Le sous-genre Dialictus comprend toutes les espèces de petite taille dont le corps a au moins en partie des reflets vert ou bleu métallique (tête et thorax, l'abdomen étant parfois noir comme chez L. morio et L. leucopus). Le sous-genre Lasioglossum s. str. comprend des espèces de taille moyenne, d'apparence massive, et dont la marge des tergites n’est pas éclaircie. Ces espèces ont généralement de denses taches de poils clairs sur la base des tergites 2-4. Enfin, le sous-genre Evylaeus regroupe toutes les autres espèces, qui ont un corps plutôt mince et allongé, avec la marge des tergites plus ou moins éclaircie. À noter que les dernières analyses génétiques ont montré que le sous-genre Evylaeus était paraphylétique, le groupe d'espèces sans carène autour de l’aire postérieure du propodéum étant génétiquement plus proche du sous-genre Dialictus que du groupe du sous-genre Evylaeus dont l’aire postérieure est carénée.
Sous la loupe binoculaire, les espèces se séparent principalement sur la base de la couleur du corps et de la marge des tergites, de la forme de la tête, de la pilosité des tergites, de la structure de l’aire dorsale du propodéum, de la ponctuation du mésonotum, des tergites et de la face, ainsi que de la forme des épines du tibia des pattes postérieures. Les mâles sont généralement nettement plus fins et allongés que les femelles, avec des antennes souvent très longues, parfois en partie jaunâtres. Le corps est généralement noir, mais certaines espèces peuvent avoir des tergites en partie rouge et la face avec des tâches jaunes (labre et/ou clypeus). Ils sont très difficiles à identifier sur le terrain, leur aspect général étant très similaire. Sous la loupe binoculaire, les génitalias sont très souvent utilisés pour séparer les espèces (surtout la lamelle du gonostyle), ainsi que la pilosité du sternite 6, la structure de l’aire dorsale du propodéum, la couleur et la longueur des articles antennaires, la forme de la tête et la ponctuation du mésonotum et des tergites.
Pour l’identification des espèces suisses du genre Lasioglossum, une clé de détermination est disponible dans le volume Apidae 3 publié en 2001 dans la série Fauna Helvetica. Ce volume comprend aussi la clé et les descriptions d’espèces pour le genre Halictus. Ce livre peut être téléchargé ici.
Cycle de vie et nidification
Les abeilles du genre Lasioglossum ont des modes de vie très différents, allant de l’espèce solitaire univoltine (L. zonulum, L. albocinctum) à l’espèce eusociale primitive exclusivement monogyne (L. malachurum, L. pauxillum), c'est à dire qu'une seule femelle pond dans la colonie. Entre ces deux extrêmes, on trouve parmi les espèces de Lasioglossum de nombreuses étapes évolutives intermédiaires. Certaines espèces ont une biologie tout à fait exceptionnelle, comme c’est le cas notamment L. marginatum, dont le cycle de vie de la colonie se déroule sur 5-6 ans.
Les espèces du genre Lasioglossum volent pour la plupart dès le printemps et jusqu’au début de l’automne. Les mâles émergent toujours en fin de saison, à l’exception de L. pallens dont les mâles hivernent avec les femelles non-fécondées et volent au printemps, où l'accouplement a lieu. À l’exception de cette espèce, seules les femelles fécondées passent l’hiver, dans le nid maternel ou dans des galeries creusées à cet effet.
L’ensemble des espèces du genre Lasioglossum font leur nid dans le sol. Certaines d'entre elles nichent exclusivement dans les sols sableux (par ex. L. sextrigatum, L. quadrinotatulum ou L. tarsatum) ou les parois de loess (L. marginellum). D’autres préfèrent les sols plus compacts limoneux ou argileux (par ex. L. malachurum). Cependant, une grande partie de la biologie de nidification des espèces de Lasioglossum reste inconnue.
La structure des nids évolue légèrement en fonction de la complexité du mode de vie. Ainsi, la plupart des espèces solitaires construisent des nids simples composés d’une galerie centrale, le plus souvent verticale, à laquelle sont attachées les cellules à couvain, parfois par le biais de courtes galeries latérales. Plus la socialité de l’espèce est développée, plus les cellules deviennent rapprochées les unes des autres et plus les galeries latérales raccourcissent. Chez les espèces dont la socialité est la plus aboutie, les cellules sont généralement agencées en demi-cercle, très proches les unes des autres. Les cavités contenant ces cellules à couvain sont remplies de terre une fois que les individus ont éclos et une nouvelle cavité est creusée plus profondément pour la prochaine génération.
Les cellules sont toujours creusées directement dans le sol et ne sont jamais construites à partir de terre meuble. Elles sont presque toujours orientées à l’horizontale et la paroi interne est au moins en partie recouverte d’une fine couche de sécrétions produites par les femelles. Après la ponte, les cellules sont généralement fermées avec un bouchon de terre. Cependant, chez de nombreuses espèces sociales, les cellules restent ouvertes au cours du développement larvaire et la reine et/ou les ouvrières nettoient au fur et à mesure les déjections produites par les larves. Un nid construit au printemps par une seule femelle contient en général de 3-10 cellules à couvain. Ce nombre augmente fortement lorsque la reine est aidée par des ouvrières (2ème génération d’espèce sociale) ou d’autres reines (nids polygynes). Les nids sont en général fermés pendant la nuit et en cas de mauvais temps. Selon les espèces et la phase de développement de la colonie (solitaire ou sociale), l’entrée du nid peut être surmontée d’une cheminée ou entourée d’un tumulus. Dans les nids sociaux, l’entrée du nid est souvent gardée par une ouvrière.
Les espèces du genre Lasioglossum sont principalement parasitées par les abeilles-coucous des genres Sphecodes et Nomada. Elles servent aussi d’hôtes à de nombreux autres parasites, comme par exemple les Mutillidae et les Conopidae, et certaines espèces peuvent être stylopisées.
Préférences florales
La très grande majorité des espèces du genre Lasioglossum est polylectique. En Suisse, seules quelques espèces sont oligolectiques, par exemple L. costulatum, une abeille spécialisée sur le pollen de Campanulaceae. Malgré tout, il existe des variations importantes au sein de ce genre, certaines espèces montrant de très nettes préférences pour une ou quelques familles de plantes (par ex. L clypeare, L. convexiusculum, L. elegans), alors que d’autres récoltent le pollen d’au moins une dizaine de familles de plantes (par ex. L. malachurum ou L. pauxillum).
Le remplissage d’une cellule à couvain nécessite en général 6-8 vols de récolte, une femelle pouvant effectuée jusqu’à 7 vols en une seule journée. Dans les nids sociaux, plusieurs ouvrières peuvent récolter du pollen pour une même cellule à couvain, mais le plus souvent chaque ouvrière s’occupe d’une cellule différente. En général, tout le pollen est récolté et déposé en tas dans la cellule, après quoi la femelle fait encore plusieurs vols de récolte de nectar pour humidifier le pollen et former le pain sur lequel sera déposé l’œuf.
Comportement de reproduction
La plupart des copulations ont lieu au sol, dans les environs de l’entrée des nids, ou, plus rarement, sur des fleurs. Chez certaines espèces cependant, la copulation a lieu directement à l’intérieur du nid (L. marginatum, L. calceatum). Parfois, les mâles patrouillent le long de circuits en attendant les femelles. L’aspect olfactif joue un rôle important dans l’accouplement. Les jeunes femelles sécrètent durant les premiers jours de leur vie des phéromones pour attirer les mâles. Un mâle semble aussi être capable de reconnaître l’odeur la femelle avec laquelle il a copulé et parvient ensuite à l'éviter, ainsi que ses sœurs. D'une manière générale, les mâles préfèrent s’accoupler avec des femelles provenant d’autres nids.